Régions | 04 May 2012
Ouest : Taro et macabo en voie de disparition
Des femmes du village Bamougoum, s’organisent pour la relance de la production du taro devenu rare et cher dans la région de l’Ouest. Et pour cause, le mildiou. Le macabo n’est pas en reste.
Cette culture traditionnelle est durement menacée par le mildiou.
Il est difficile, voire impensable d’organiser une cérémonie en pays bamiléké, particulièrement dans les départements de la Menoua et des Bamboutos, sans le mets de taro. « C’est une nourriture sacrée et très honorée chez nous. Quand tu allais demander une fille en mariage et qu’en arrivant on ait pilé le taro, tu as 99% de chance de rentrer avec cette dernière» explique Elie Talla Ngoufo, un natif de Bamessingué par Mbouda. Dans les villages Bamessingué et Babadjou dans les Bamboutos, la femme est appelée « machine à taro».
Mildiou D’après les paysans, depuis le passage de la brume sèche accompagnée de cendre blanche en 2010, les feuilles de taro sont systématiquement bouffées par des espèces de champignons et autres tâches noires inexplicables sur les tubercules. La production a dangereusement baissé. D’après quelques chercheurs approchés, cela serait causé par un agent appelé phytophothora colocasiae. La maladie qui atteint ces plantes serait le mildiou. A Bangang Fokam dans le département du Ndé, les paysannes sont simplement dépassées par les événements. Elles ont presque tourné le dos au taro. Bernadette Tohoguep, productrice de taro depuis 2 décennies dans ce village relève que son champ ne lui donne plus satisfaction. Elle qui produit selon les règles de l’art, est tout simplement déboussolée. « Depuis plus de deux ans, le mildiou attaque mon champ. Ça ne donne plus grand-chose.» Cela l’a amenée à réduire ses espaces de culture.
« Quand nous préparons le Makoumba, le Tikaré ou le taro blanc, ça ne cuit plus bien» lance désagréablement une ménagère de Kamna. Du fait de la hausse des prix, certains producteurs rentrent progressivement dans les exploitations depuis l’année passée pour cultiver le taro, mais force est de constater que cette denrée demeure toujours rare et chère sur le marché. Un seau de 15 litres se négocie actuellement entre 4.000 F et 4.500 F.
Certaines femmes du village Bamougoum, quartier Tchouo-Djunang, encouragées par Robert Defo Magam, lui-même producteur de macabo et de taro depuis 2002, s’organisent pour booster la production de ces denrées. Il travaille comme moniteur de presque tout le village. « Quand je commençais à produire le taro et le macabo de manière professionnelle, les gens se moquaient de moi. Ils demandaient ce que je faisais. Ils disaient que ce n’est pas rentable. Le temps m’a finalement donné raison. C’est devenu très rentable. Et c’est tout le monde qui veut en produire» affirme R. Defo Magam. Il reconnaît qu’il s’est fait aidé en 2010, par une structure d’encadrement basée à Bafoussam, qui voulait vulgariser ces cultures à l’Ouest.
Rare et cher Le macabo est devenu aussi rare. «Les fosses dans lesquelles nos mamans conservaient ces tubercules pour les consommer en temps de soudure n’existent plus» regrette Zacharie Kengne, encadreur agricole qui voit déjà l’avenir de cette culture incertain, si rien n’est fait. Il souhaite que la recherche s’y penche afin que la culture du taro et du macabo soit relancée. Car, même la semence disparaît à cause du pourrissement des rhizomes. Actuellement, les agriculteurs des grandes zones de production à l’Ouest à savoir, Santchou, Penka-Michel, Mbouda, Bangang Fokam et autres localités, espèrent des appuis de l’Etat, en termes de boutures améliorées, de financement et surtout de formation sur les nouvelles techniques culturales, afin de booster à nouveau la production du taro et du macabo. Jean-Baptiste Ndemen
« Si rien n’est fait, dans l’avenir, le taro sera pour les riches »
David Tsannang, encadreur agricole, CAPLAME - Dschang « Il y a de cela près de quelques années que nous avons commencé à constater des taches noires sur les feuilles de taro de la variété appelée Makoumba. C’est une variété importée de Santchou dans la plaine de Mbo. Elle a l’avantage d’être productive, plus facile à conserver et simple d’utilisation dans l’accompagnement de plusieurs mets.
Mais depuis ces dernières années, ce taro Makoumba est foudroyé par la pourriture des feuilles qui s’accompagne de la pourriture racinaire. On observe une baisse de la production et une hausse vertigineuse des prix sur le marché. Par exemple, avant, on vendait la cuvette de 30 litres de Makoumba à 1500 F. Actuellement, la même quantité se vend à 8000 F, si on en trouve. Si rien n’est fait, dans quelques années, le mets de taro sera réservé aux nantis. Ce serait dommage.» Propos recueillis par Marie Pauline Voufo
« La macabo a besoin de fumure et de potasse »
Robert Defo Magam, paysan à Bamougoum
« Le phénomène de brume sèche de 2010 m’a beaucoup freiné. Quand cela a commencé, les feuilles de macabo ont changé de couleur. Les encadreurs nous ont conseillé l’engrais foliaire. Je l’ai mis sans suite. La deuxième fois je l’ai associé avec du fongicide et insecticide. Aucun changement. C’est une période qu’il faut vite oublier. Nous sortons progressivement la tête de l’eau. Pour que la relance soit effective, il faut former les producteurs sur la structure de la terre, restaurer le sol en lui apportant beaucoup plus de la fumure organique et créer l’ombrage dans les zones de production. Il ne faut surtout pas oublier d’apporter de la potasse au macabo.
Cette denrée qui n’est pourtant pas vulgarisée rapporte très gros. En culture pure, si son itinéraire technique est respecté, vous récolterez facilement 6 kg par pied de macabo et 3 kg par pied de taro. Moi particulièrement je laisse 50 cm entre les plants et 1 m entre les lignes. On peut également y associer du maïs. Je conseille de créer les ombrages en y plantant des bananiers, plutôt que les arbres. La commercialisation ne cause pas de problème. Généralement avant de récolter, nous avons déjà les commandes. Les gens viennent jusqu’au champ acheter..» Propos recueillis par Jean Baptiste Ndemen
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