Régions | 16 Apr 2012
Accaparement des terres camerounaises : Des villages bientôt rayés de la carte
Les petits producteurs n’auront plus de terres si on continue de les céder aux étrangers.
Une vingtaine de 20 villages des départements du Ndian et du Koupe-Manengouba au Sud-Ouest Cameroun ont été pris par SG Sustainable Oils Cameroon PLC (SGSOC), détenue par l’entreprise américaine Héraklès Farm. En fait, plus de 73 000 hectares de terre ont été cédés à cette dernière pour la création d’une plantation industrielle de palmiers à huile et d’une raffinerie. Le contrat d’un bail foncier de 99 ans a été signé avec le gouvernement camerounais le 17 septembre 2009.
Tout pour SGSOC Le Centre pour l’environnement et le développement (CED), une ONG œuvrant dans les questions environnementales et les droits des minorités a mis la main sur le contrat et en a fait son affaire. Selon son rapport d’analyse rendu public le 14 février dernier , ce projet est loin d’être pour le bien du pays, tel que soutenu par Héraklès. Entre autres preuves, les droits avantageux que confère le contrat: le droit exclusif de produire en plus du palmier à huile d’autres produits, avec des possibilités d’extension à d’autres parties du Cameroun; le droit de prélever des ressources naturelles se trouvant sur les terres concédées (eau, gravier, pierre, et le carbone, qui pourrait être valorisé dans le seul intérêt de l’entreprise); et même le droit d’arrêter et de détenir toute personne violant les limites de la concession même s’il est contraire aux lois nationales. “Avec ce pouvoir, c’est plus de 25?000 habitants des villages occupés par Héraklès, et voisins (une trentaine), qui seront chassés de leurs terres et privés des ressources naturelles tels les produits forestiers”, fait remarquer le rapport.
Sur le plan économique, l’article 13.5 du contrat prouve que le projet contribuera très peu au budget de l’Etat. Il stipule que la SGSOC versera au gouvernement un loyer annuel de 500 FCFA par hectare pour la location des terres mises en valeur et 250 FCFA pour celles non mises en valeur. Ces taux augmenteront de 2% par an. Après calcul, le rapport indique qu’au bout des 99 ans, un hectare de terre mis en valeur lui vaudra 3.550 FCFA. Un loyer très faible, comparé aux 6.457 FCFA par hectare par an que verse la SOSUCAM, opérateur dans le domaine de la canne à sucre, pour sa plantation à Mbandjock. Incomparable aux 100,000 FCFA par hectare par an que payent les paysans de Njombé aux propriétaires privés. De plus, les articles 11.1(a) et 11.2 exonèrent la société de toutes taxes, sauf celle sur les bénéfices qu’elle paiera après 10 ans, à partir de la date initiale de production.
Pas de souci environemental Le rapport dénonce la violation des nomes de bonnes pratiques internationales par SGSOC, qui condamnent la destruction des forêts à haute valeur pour la conservation (FHVC) pour la production de l’huile de palme. Sans compter que la société, située près de 4 aires protégées, sera une gène aux dizaines d’espèces protégées qui y vivent. Pour Samuel Nguiffo, Sécrétaire général du CED, et co-auteur du rapport : «ce contrat inaugure dans notre pays une nouvelle catégorie d’investissements. Ils rapportent peu à l’Etat, contribuent à violer les droits des populations. Les accaparements fonciers sont en train de se transformer en véritable bombe à retardement économique et sociale, et il est urgent qu’une réflexion soit conduite pour corriger cette tendance.» Michelle Mbiendou
Ouest Le délégué régional de la CAPEF officiellement installé Claude Tamo, nouveau délégué de la CAPEF prévoit la relance agricole à l’Ouest. Déclaré comme le plus grand éleveur de la région de l’Ouest depuis 1967, Claude Tamo, est le nouveau délégué régional de la CAPEF (Chambre d’Agriculture, des Pêches, de l’Elevage et des Forêts) pour l’Ouest. Il a fait ses preuves dit-on, dans beaucoup de comices. Il s’est également fait remarquer dans le monde du commerce. En 2007, lors du sommet des ministres de l’Agriculture au Mali, il a été élu 2e vice président de l’union Africaine en matière de bétail et viande.
Comme professionnel dans le domaine, il n’a pas droit à l’erreur. Il devra, selon le gouverneur “tout mettre en œuvre pour faire bénéficier aux opérateurs économiques du monde rural, les possibilités qu’offre la chambre d’Agriculture”. Pour Claude Tamo, la priorité durant son mandat est « de relever le niveau de l’agriculture dans la région de l’Ouest en particulier». Il compte sur ses proches collaborateurs et des ministères concernés pour y arriver. Jean-Baptiste Ndemen
Un appui au cacao-café Quelques Coopératives de producteurs ont eu une subvention du gouvernement pour améliorer la culture du café et du cacao.
Le montant des appuis du Ministère de l’agriculture et de développement rural à la filière cacao-café à l’Ouest s’élève à plus de 183 millions de francs CFA. Seules 10 coopératives sur les 19 que compte l’union des soiétés coopératives Binum des producteurs agropastoraux du Cameroun en ont bénéficié. Lesquelles coopératives, sont basées dans les régions du Littoral, du Centre et de l’Ouest. A la question de savoir pourquoi toutes les coopératives n’ont pas bénéficié de ces appuis, Samuel Difouo, président exécutif du Binum répond: «nous avons introduit, en tant que union, le dossier de toutes les coopératives. Le programme pilote d’appui aux filières café, cacao et coton a fait la sélection selon ses critères que nous ne maitrisons pas». Dans le cahier de charge, il y a un montant précis destiné à l’appui à la fertilisation, à la régénération des vergers, à l’entretien de la plantation, à l’achat des insecticides.
Selon les dernières statistiques communiquées par le Délégué régional du Minader-Ouest, Martin Tazanou, la production annuelle du café arabica au Cameroun est estimée à 3000 tonnes.Comparé aux années 1990, la chute est grave. A en croire les producteurs du Binum, elle est due au découragement lié à la baisse des coûts sur le marché mondial. Des plantations ont été détruites et remplacées par celles des cultures maraichères et vivrières. Contents de cet appui, les bénéficiaires ont promis d’accroître la productivité et l’extension des exploitations caféières et cacaoyères. Mais l’enclavement des zones de production, le coût élevé des intrants agricoles et le manque d’énergie pour la transformation des produits agricoles continuent d’inquiéter bon nombre. J.B.N.
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