Info en continu | 10 Dec 2009
Agriculture : Pourquoi obtenir un crédit est difficile
Depuis le début de cette année, Afriland First Bank, selon les responsables de cette institution bancaire camerounaise, a accordé plus des 400 milliards de Fcfa de crédits à divers opérateurs économiques et autres particuliers. Dans ce pactole, les crédits octroyés aux acteurs du secteur agricole représentent seulement 20 milliards de F CFA. Soit 5% de l'enveloppe globale des crédits distribués par cette banque.
Cet exemple, qui montre la difficulté pour les acteurs du secteur agricole à se faire octroyer des crédits pour développer leurs activités, est transposable aux institutions de microfinance telles que le Crédit communautaire d'Afrique (Cca), le Crédit du Sahel et Unix Cameroun, qui à l'instar de Afriland First Bank, sont membres de l'Association africaine de crédit agricole et rural (Afraca), dont les branches d'Afrique de l'Ouest et centrale viennent de se séparer à Yaoundé, après avoir partagé leurs expériences en matière de risque dans l'octroi des crédits au secteur agricole. Lesquelles expériences aboutissent toutes à un même constat : la difficulté à financer le secteur agricole en Afrique, du fait non seulement de la spécificité de ce secteur d'activités, mais aussi des caractéristiques des établissements financiers du continent noir.
En effet, soutient Hadama Douma, chef du département microbanque à Afriland First Bank, "la difficulté principale réside dans le fait que l'agriculture demande des financements lourds qui cadrent mieux avec des crédits à long terme. Or, l'essentiel de nos établissements financiers font plus dans le court terme à cause de la nature de l'épargne que nous mobilisons, et qui est généralement le dépôt à vue. C'est-à-dire qu'un épargnant peut déposer de l'argent dans son compte aujourd'hui et le retirer demain". En plus de cette caractéristique des institutions bancaires et établissements de microfinance du Cameroun, l'octroi de crédits au secteur agricole est plus risqué de l'avis des experts.
"Il n'est pas évident de savoir si celui à qui vous accordez le crédit va assurer un retour sur investissement, notamment à cause des intempéries" qui peuvent, à tout moment, plomber une activité agricole, fait remarquer Hadama Douma. Lequel précise d'ailleurs que "cette inconnue est le plus grand risque" en matière de financement de l'agriculture. Par ailleurs, affirme Josué Bikoun, un responsable de Afriland First Bank, il n'est pas non plus évident d'obtenir des garanties foncières d'un demandeur de crédit en zone rurale, où la plupart des terres ne sont pas titrées. Mais malgré ces obstacles, certains acteurs du secteur agricole parviennent à obtenir quelques financements des banques et établissements de microfinance.
Il s'agit dans la plupart des cas, précise Josué Bikoun, d'entreprises agroalimentaires, parce qu'elles sont "mieux structurées. Elles peuvent vous présenter un bilan et bien de documents comptables qui permettent au banquier de mieux apprécier les performances de l'entreprise". A en croire les membres de l'Afera, il n'est pas rare que ces entreprises décrochent souvent jusqu'au milliard de F CFA auprès des établissements financiers, alors que des porteurs de projets individuels ou alors groupés (Gic et Gie) ne s'en tirent pas souvent avec plus de 50 millions de F CFA. Prudence oblige. Brice R. Mbodiam Source: quotidien Mutations du mardi 08/12/2009
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