Dossier du mois | 16 Apr 2012
Campagne agricole sans semences
Les semences de maïs sont rares et chères Pendant la conférence annuelle des responsables du Ministère de l’Agriculture et du Développement rural(Minader), nous avons appris que les multiplicateurs formés par ce département ministériel n’avaient pas reçu les semences de base qui leur auraient permis de produire les semences certifiées pour la campagne. Rendus à l’Institut de recherche agronomique pour le développement (Irad) nous avons appris qu’il n’y en avait pas assez. Nous avons obtenu les mêmes réponses dans les délégations régionales du Minader et les démembrements de l’Irad à travers le territoire national.
Sur le marché, le désordre est indescriptible. Il y a une multitude de semences dont certaines aux origines douteuses. Certains vous disent être les multiplicateurs formés par le Minader. Sauf qu’ils ne vous disent pas où ils ont obtenu les semences de base dès lors qu’ils n’ont pas été approvisionnés par le Minader, leur tuteur. Il est donc possible que ces semenciers aient produit leurs semences à partir des précédentes récoltes, ce qui fait de ces semences du matériel de moins bonne qualité, au rendement incertain.
Des aventuriers vous présentent des sachets contenant des grains de maïs teintés d’une poudre rouge comme si c’étaient des semences traitées comme le fait l’Irad. Ils vous font alors croire que ces semences sont de l’Irad et vous les vendent à prix d’or. Des arnaqueurs vous demandent de leur donner de l’argent pour qu’ils aillent vous sortir des semences de l’Irad, moyennant commission. Ne vous laissez pas séduire par ces faussaires car l’Irad, qui n’a pas produit assez de semences, ne peut plus se permettre de céder le peu dont il dispose à travers des intermédiaires.
Les prix sont excessivement élevés pour les petits paysans, c’est –à-dire pour 97 % des producteurs de maïs. Ils vont de 400 F CFA le kg (semences de l’Irad, mais il n’y en a pas assez) à 2500 F CFA/kg. La moyenne est autour de 800 F CFA/kg. Quel paysan peut se permettre d’acheter seulement 10 kg par ces temps où l’argent est si rare ? Qu’on ne s’y méprenne pas, la rareté du maïs peut avoir les conséquences fâcheuses: sur la sécurité alimentaire, sur les élevages de porcs, de poulets et bien d’autres activités qui naissent autour des semences, de la production, de la commercialisation et de la transformation.
Malheureusement ce n’est pas seulement la filière maïs qui manque des semences. Les producteurs de haricot, de manioc, d’igname, de mil, d’oignon, de cacao, de café … n’auront pas de semences pour leurs exploitations agricoles cette saison. Les causes sont nombreuses mais identiques et récurrentes. La recherche agronomique est pratiquement en chômage depuis des décennies faute de ressources pour financer leurs travaux. Les chercheurs sont clochardisés au point où certains doivent s’expatriés. La navigation à vue et l’inertie ont fait leur nid dans les services étatiques. Où est la politique agricole du Cameroun ?
Mais y a-t-il une oreille attentive aux problèmes des producteurs ? Et des consommateurs camerounais qui doivent se ruer sur les denrées importées aux qualités gustatives, sanitaires et calorifiques douteuses ? Pauvre Cameroun ! Martin Nzegang
Engrais et pesticides toujours plus chers
Les engrais, 2ème prorité des paysans, sont inaccessibles aux petits producteurs. Engrais et autres pesticides sont de plus en plus chers. Les producteurs, surtout les plus petits et par ailleurs les plus nombreux, ne peuvent plus se les offrir.
Pour avoir un bon rendement, il faut répandre jusqu’à 6 sacs d’engrais de 50 kg sur un hectare de maïs si vous achetez les semences importées vendues à 2500 FCFA/kg. A raison de 25.000 F CFA/le sac, on est à 300.000 F CFA de dépense pour les engrais uniquement. Prenons le cas où le producteur n’a qu’un demi hectare, soit parce qu’il n’a pas de moyen pour acheter beaucoup de semences ou alors pas assez de force pour aller au-delà du demi hectare dans un contexte d’outillage agricole préhistorique. Il lui faudra 150.000 FCFA pour les engrais. Là aussi c’est pratiquement impossible pour des gens dont le revenu annuel ne dépasse parfois pas 100.000 FCFA, échelonné sur les douze mois de l’année.
Les paysans en posant le problème d’intrant agricole comme une de leurs priorités reviennent tout simplement sur un phénomène récurrent. D’année en année, les intrants agricoles coûtent cher. Faute d’engrais et de pesticides, les producteurs doivent se contenter des méthodes anciennes, en utilisant les engrais organiques et les traitements à la cendre ou aux déjections animales quand on en trouve. D’autres achètent un peu d’engrais et de pesticides mais ne respectent pas les dosages qui leur donneraient le bon rendement. Ils utilisent un sac d’engrais sur le double, voire le triple, de surface recommandée. La dose de pesticide recommandée pour 15 litres d’eau est utilisée avec 30 litres. Bref on se dit « mieux vaut un peu que rien ». Mais pour quels résultats ?
Du côté du ministère de l’Agriculture et du Développement rural (Minader) dont il est de la responsabilité de trouver des solutions aux problèmes des agriculteurs, rien ne nous indique que des solutions sont envisagées, ou même en étude. Vers la fin de l’année dernière, le Chef de l’Etat avait offert des engrais aux producteurs. Est-ce suffisant ? Quelle quantité faut-il encore ? Autant dire aux paysans que la campagne agricole qui commence ne sera pas différente des précédentes, ou alors sera plus difficile. En plus de ce qu’ils n’auront pas les engrais, ils devront aussi faire face au manque de semences. Que dire des autres besoins : outillage, encadrement technique, conservation ? M.N.
L’argent est rare On ne le dira jamais assez: le milieu rural est décapitalisé. Tant que cette situation ne s’améliorera pas il sera difficile de booster la production agricole. Combien de paysans peuvent s’offrir un sac d’engrais de 25.000 F CFA ? Comment réunir d’un trait les 25.000 lorsqu’on sait que le paysan ne dispose pas d’une activité qui peut lui procurer une telle somme en une seule opération. Il peut vendre un ou plusieurs régimes de plantain un jour de marché, quelques cuvettes ou seaux de haricot ou de mil mais il lui sera difficile de réunir assez d’argent pour engager une campagne agricole ambitieuse.
Malheureusement, les pouvoirs publics, bien que trop au courant de ce manque de financement et de son impact négatif sur les activités agropastorales, ne se pressent pas à trouver des solutions. Ou alors s’entêtent dans des solutions dont on sait porteuses des germes de l’échec. C’est dire que ce n’est pas la fameuse banque agricole, qui s’apparente à un serpent de mer qui va solutionner le problème du manque de financement de notre agriculture. L’embêtant c’est qu’il va falloir attendre encore longtemps. Et tant pis pour les agriculteurs et pour la souveraineté alimentaire qui doit encore compter sur les importations massives des denrées alimentaires : 500.000 tonnes de riz en 2011. Incroyable ! M.N.
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