Coup de pioche | 04 May 2012
Dialogue de sourds à Ebolowa
La scène se déroule entre deux acteurs. L’un fait son discours. L’autre apprécie par des applaudissements ponctués de rappels à l’ordre. Faut-il en rire ou en pleurer ? A vous de juger !
 Orateur : Le Cameroun est un pays béni, avec des richesses naturelles qu’on ne trouve nulle part. Vous êtes gâtés, chers amis Camerounais, très peu de pays au monde, y compris le mien d’ailleurs, ont ces richesses. Auditeur : Il a vu juste. Il aime notre pays. C’est un grand ami du Cameroun. Orateur : Mais il manque à manger au Cameroun et le pays doit importer. Auditeur : (Applaudissements). Soyez attentifs, il va nous annoncer une aide alimentaire. Il sait que nous avons de la peine à nous nourrir. Vive la solidarité internationale ! Vive l’amitié entre nos deux peuples!
Orateur : En 1947, mon pays comptait 400 millions d’habitants et sa nourriture venait en partie des aides alimentaires des pays amis et des importations. Nous nous sommes dit que c’était dangereux de dépendre des autres. On s’est mis au travail et la production s’en est suivie. Auditeur: (Silence). Mais, qu’est ce qu’il veut dire ? Annonce-nous vite qu’il y aura de l’aide alimentaire, c’est ce que nous attendons de toi. Orateur : En 2012 nous sommes 1 milliard 200 millions et… Auditeur : Diable ! Ils se multiplient si rapidement ! On dirait les drosophiles (ces insectes que l’on voit sur le vin de palme et dont le cycle de reproduction est de 24 heures).
Orateur : Nous parvenons à nourrir tout ce monde en produisant nous-mêmes et de plus nous exportons des millions de tonnes d’excédents. Auditeur : Mes frères, nous sommes seulement 20 petits millions, je crois qu’ils peuvent même nous ajouter sur leur population et nous nourrir sans problème. Vite, applaudissez pour l’encourager, battez les tams- tams. Orateur : Depuis de nombreuses années, on ne parle plus de famine chez nous, pas d’émeutes de la faim. Auditeur: (Applaudissements nourris). Voilà, il connaît ce que nous vivons avec cette famine récurrente. Vous voyez, C’est sûr, il va nous annoncer de l’aide alimentaire pour bientôt.
Orateur : Je ne comprends pas que le Cameroun continue d’importer. Quand je regarde chez vous, je ne vois pas de politique agricole comme chez nous, parce que chez nous, tout est clair : on sait où on commence, quand on commence, où on va, quand on va arriver. Auditeur : Ah! ça c’est intolérable! C’est une immixion dans les affaires intérieures d’un pays ami. Nous sommes libres d’importer. C’est une question de souveraineté. N’a-t-il pas appris que nous sommes dans la révolution agricole? Même chez eux, je ne suis pas sûr que leur premier Ministre a déjà parlé de révolution agricole malgré les performances dont il se vante.
Orateur : J’ai appris chez vous ici qu’il n’y a pas de dignité pour ceux qui attendent tout des autres. Je crois aussi qu’il n’y a pas de dignité pour ceux qui importent leur nourriture. Auditeur : Il n’a rien compris celui-là. Les importations, mon pote, sont rentables pour nous. Le ministre qui s’occupe des importations a dit dans un journal que celles-ci étaient des sources de devises pour l’Etat. Et en plus, ça donne un peu d’argent de poche. Vous n’allez quand même pas nous dire de perdre ces avantages !
Orateur : Un de vos compatriotes a chanté : « la vraie magie c’est le travail ». J’y crois aussi. Auditeur : Ah ka ! Laisse nous le bep bep bep ! Donne-nous un peu de votre magie. Tu veux dire que même toi, Consul Honoraire, tu n’as pas de “grimba”? Donne nous ça d’abord et nous verrons nous-mêmes ce que nous pouvons en faire. Tous: Vive l’amitié Inde - Cameroun !
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