Bon à savoir | 25 Feb 2010
Réflexion : Le danger des pesticides sur nos fruits et légumes
 L’utilisation des pesticides à temps et à contre temps sur les salades, tomates, condiments verts et autres fruits et légumes est une réalité chez nous. Aucun maraîcher ne le démentirait au Cameroun. Cela est un désastre pour la santé publique. C’est du moins l’objet de ce cri d’alarme poussé par un lecteur de La Voix Du Paysan, ancien maraîcher et de surcroît agronome. Il en appelle à l’éducation de tous et au réveil des services publics chargés du contrôle de la qualité des produits en circulation.
Voici quelques années que j’hésite à rendre publique cette réflexion, car je ne sais quelles répercussions elle pourra avoir sur la consommation de certains produits agricoles, mais surtout sur les milliers de mes frères et collègues, agriculteurs maraîchers en particulier qui ne vivent que par la noble tâche du travail de la terre. Qui d’entre nous n’apprécie pas un bon plat de salade aux laitues (Batavia, pommée, chicorée…), assaisonnée de tomate, poivron, oignon, échalotes ou concombre, ornée de cive ciboulette et le tout arrosé de sauce vinaigrette à la mayonnaise et autre moutarde. Je vois cela vous donne de l’eau à la bouche. Mais moi ça me donne un frisson dans le corps quand je pense aux méthodes utilisées par mes confrères maraîchers pour vous offrir ces «jolis» légumes frais.
Je ne mange pas une salade que les insectes ont refusé de piquer Alors dois-je mourir de famine parce que ne pouvant moi-même produire tous ces légumes qui m’apportent vitamines, sels minéraux et autres nutriments nécessaires pour ma survie, ou dois-je mourir des résidus de pesticides et autres produits toxiques interdits car dangereux, mais utilisés à temps et à contre temps par nos maraîchers dans leur ignorance? Etant moi-même maraîcher, pour avoir longtemps côtoyé d’autres maraîchers, je sais que la plupart des produits phytosanitaires qu’utilisent les producteurs ne sont pas toujours les plus indiqués pour l’usage qu’ils en font. Pire, les produits interdits, les produits frelatés par des commerçants, véreux et produits destinés à d’autres usages sont souvent utilisés ou même très recherchés par nos braves producteurs pour leur «efficacité», présument-ils.
Tenez-vous tranquilles, les produits agricoles de ces producteurs sont souvent les mieux appréciés et par conséquent les plus vendus et /ou achetés. Les commerçants grossistes ou détaillants, les belles et riches dames, les grands hôteliers et restaurateurs, les ménagères et tous ceux qui ont quelques pouvoirs d’achat préfèrent les légumes qui brillent de mille ou même de dix mille feux c’est-à-dire sans trace de piqûre d’insectes sauvages ou de maladie. Et alors moi je me souviens du comportement d’un éminent phytopathologue (médecin des plantes) qui déclarait que pour le choix de son choux, il observait les feuilles de chou, et si celles-ci avaient des perforations, alors ce chou était bon pour lui et pour sa famille. Par contre si les feuilles n’avaient aucune trace d’insectes sauvages alors il évitait celui-ci comme la peste car pourquoi lui, homme, mangerait ce que l’insecte sauvage a refusé de toucher certainement à cause de son empoisonnement par les produits chimiques. Mais nos dames, les commerçants, hôteliers et maîtres restaurateurs tiennent-ils le même raisonnement ?
Savez-vous quels produits nos braves maraîchers utilisent parfois pour nous produire ces légumes dits «bien traités»? Les maraîchers eux-mêmes connaissent –ils les produits homologués (recommandés pour un usage déterminé) pour le traitement de leurs cultures? Les délais avant récolte (période de temps à observer un traitement avec un produit donné et la récolte de la denrée pour commercialisation ou consommation)? La notion de taux de résidus de récolte (quantité de matière active potentiellement toxique pour le consommateur) a-t-elle un sens chez-nous ?
Les restaurants et ménagères préfèrent les tomates propres. Ignorance ! Faites un tour chez les commerçants revendeurs des produits phytosanitaires et regardez la gamme des produits longtemps interdits en occident et même au Cameroun. (Ultra Low Volume c’est – à dire produits extrêmement concentrés), que nos braves maraîchers utilisent avec leurs pulvérisateurs à dos. Des produits destinés au traitement du coton tchadien et qui se vendent comme des petits pains car nos maraîchers apprécient fortement leur «grande efficacité» et leur « prix bas». Mais quels sont les effets de ces produits sur leur propre santé en tant que producteur, sur celle de leurs familles qui côtoient les cultures et consomment les produits récoltés ou sur l’ensemble des consommateurs ?
Camerounais, savez-vous que certains des légumes que vous êtes peut-être en train de consommer à ce moment ont été traités avec ces poisons? Malheureusement cela ne semble inquiéter personne et cette situation perdure depuis au moins une dizaine d’années (période pendant laquelle j’ai été moi-même producteur et observateur). Le commerçant vendeur de ces poisons et les importateurs des produits interdits souhaitent une seule chose: se remplir les poches même si tout le Cameroun entier meurt (et lui avec bien sûr) en consommant ces poisons.
Le maraîcher lui, il empoisonne de façon inconsciente la société, le marchand des produits du coton Tchad et autres produits interdits, lui ne songe qu’au magot (gombo) même si ce magot lui permet d’acheter à son tour sa dose de poison au restaurant du coin ou à table le soir venu. On peut alors se demander ce que font les services d’agriculture et de santé publique. Quant à moi, jusqu’ici, j’ai le choix entre mourir de famine et / ou de carence des vitamines ou des sels minéraux par manque de légumes verts dans mon alimentation, ou alors mourir à petit feu intoxiqué par les poisons divers retrouvés dans ces légumes.
Emmanuel Nghenzeko, Ingénieur agronome Phytotechnicien Consultant indépendant en agriculture et développement rural durable Email : e_nghenzeko@yahoo.fr
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