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Actualité | 26 May 2009
Crise financière mondiale : Le secteur rural n’est pas à l’abri
Le monde rural chez nous n’est pas épargné par la crise financière actuelle qui a commencé en Amérique puis l’Europe, c’est l’avis de deux experts que nous avons rencontrés :
Pr. Touna Mama, agrégé d’économie et conseiller spécial n° 1 du premier Ministre du Cameroun, Jean Pierre Imélé, producteur et exportateur des produits agricoles biologiques et Vice président du Réseau des opérateurs de la filière horticole du Cameroun (Rhorticam).

« La crise n’épargne pas le paysan camerounais… »

Pr. Touna Mama, économiste

En quoi le paysan Camerounais est-il concerné par la crise financière mondiale?
Le paysan camerounais est concerné par cette crise parce qu’elle n’épargne plus aucun pays, pour ne pas dire plus personne et donc n’épargne pas le paysan camerounais.
Mais l’on peut classer les paysans camerounais en deux principales catégories : ceux qui sont liés à l’économie internationale par leur production et ceux qui y sont liés par leur consommation. Pour ceux qui sont liés à l’économie internationale par leur consommation, on peut constater que dès le début de l’année 2008 on a assisté à une envolée des prix des biens de consommation des produits de première nécessité importés (huile, farine, riz…), qui a abouti dans notre pays aux émeutes de février 2008. La crise économique internationale, en se traduisant par la réduction de la demande mondiale, va entrainer la réduction de l’offre mondiale et par là la réduction de l’offre des produits importés par le Cameroun et donc vraisemblablement la hausse des prix de ces produits dont les produits alimentaires.

Pour les paysans camerounais qui sont liés à l’économie internationale par leur production (cacao, café, coton, hévéa, bois), la compression de la demande de ces produits du fait de la crise pourrait aboutir à la baisse de leurs prix et donc à la baisse des revenus de ces paysans.
Y a-t-il des secteurs de l’activité agricole susceptibles d’être plus ou moins touchés que d’autres ?
Ce sont d’abord les secteurs liés aux industries en crise dans les pays du Nord qui sont touchés. C’est le cas du secteur bois qui fournit la matière première de l’immobilier dans le monde. C’est aussi le cas de l’hévéa qui fournit le caoutchouc à l’industrie automobile. Mais la crise se généralisant, et créant de plus en plus le chômage, les Américains et les Européens devront réduire leur consommation de chocolat (bien de luxe), ce qui pourrait affecter les prix du cacao, mais aussi les consommations liées à la production du café, du coton, des fleurs. Les secteurs les moins touchés pourraient être ceux des produits vivriers.

Au-delà des solutions conjonctu-relles et structurelles, que peut faire le paysan Camerounais pour faire face à cette situation ?
Le paysan camerounais peut profiter de cette crise pour améliorer son sort et se prendre résolument en mains, notamment en profitant de la nouvelle politique agricole du gouvernement qui veut relancer la production agricole.
Dans une situation de déprime de l’activité financière et économique, quel est le rôle de l’Etat, précisément dans le domaine agricole ?
Le rôle de l’Etat est de protéger les producteurs autant que faire se peut. En encadrant dans le cas d’espèce les paysans camerounais, non seulement l’Etat leur assure la permanence des revenus en leur permettant de produire plus et de vendre plus, mais aussi l’Etat peut aboutir à renforcer l’autosuffisance alimentaire du pays voire à dégager des excédents exportables
Propos recueillis par François Bimogo

« On peut s’en sortir si ... » Jean Pierre Imélé, agriculteur et exportateur


Pour Jean Pierre Imélé, le secteur agricole est un secteur d’activité économique comme les autres secteurs économi-ques, il est donc normal qu’il subisse les effets de la crise. Il a même peur que cette incidence ait plus d’effets dans ce secteur que dans d’autres parce que, selon lui: « l’agriculture au Cameroun tout au moins et dans la grande majorité des pays en développement, est souvent le parent pauvre des budgets nationaux.» Mais il nuance ses propos en suggérant d’utiliser cette crise mondiale pour nous insérer dans l’économie mondiale comme acteur central et non acteur de périphérie en développant des productions destinées aux marchés des produits naturels de santé – ceux de l’agriculture biologique et diététique – ceux du commerce équitable.

Quant aux effets immédiats de la crise, notre interlocuteur fait observer que: «certaines manifestations de cette crise sont les stocks de coton qui s’exportent moins, les intrants qui coûtent plus chers.» Mais il n’y a pas que le coton, souligne-t-il, d’autres produits de rente et vivriers, ainsi que les fruits passeront à la trappe de la crise. Surtout si, dans le cas du Cameroun, aucune action n’est entreprise pour promouvoir les exportations de nos produits agricoles à travers une démarche nationale globale et concertée des exportateurs regroupés autour d’une agence de promotion des exportations. Et de souligner avec force : « les exportations, en raison des autres facteurs de coûts liés à notre environnement des affaires, pourraient être pénalisées. Il y a donc un besoin urgent d’organi-sation de la mise au marché en respectant les normes de qualité des différents marchés.»

On peut s’en sortir selon lui, à condition, que tous les acteurs, (opérateurs économiques, institu-tions, société civile) travaillent ensemble depuis la production, la transformation et la mise au marché. «Oui le Cameroun peut s’en sortir. affirme Jean Pierre Imélé. Car nos potentialités agronomiques sont énormes, à condition de revaloriser le métier d’agriculteur auprès des jeunes, et de les former aux métiers de l’agriculture. L’entreprise agricole doit avoir un statut et une comptabilité spécifique.»

Scrutant l’avenir, le Vice président de Rhorticam propose : « mieux former les agriculteurs, mécaniser l’agriculture, désenclaver les régions inaccessibles, valoriser les semences de qualités, renforcer la coopération entre les différents ministères (agriculture, commerce, recherche, industrie), promouvoir une agricul-ture durable, respectueuse de l’environnement, reformer notre droit foncier en favorisant l’accès à la terre pour les plus démunis.»
Martin Nzegang
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