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» La voix du paysan
Actualité | 13 Oct 2008
Rentrée scolaire- Education de base gratuite, et pourtant très chère
 Des infrastructures inadaptées Un environnement économique triste Les livres, un vrai casse-tête Les parents réduits au strict minimum.....
Théoriquement, l’école est gratuite au Cameroun, du moins lorsque l’enfant est inscrit dans une école primaire de l’Etat. Mais la réalité est toute autre. A moins que la notion gratuité ne soit devenue relative.
Les parents dépensent des sommes astronomiques, par rapport à leurs revenus, pour permettre aux enfants d’aller à l’école. Parfois pour une formation au rabais, notamment dans les villages où les enseignants se sentent délaissés pour certains, et mal formés pour d’autres. Vous avez dit gratuit ? Hélas c’est faux, que l’on soit en ville ou au village. Les Associations des parents d’élèves (Ape) rebaptisées tout récemment Associations des parents d’élèves et des enseignants (Apee), initiative apparemment volontaire, sont devenues une institution obligatoire où chaque parent doit verser une certaine somme d’argent faute de quoi son enfant ne peut pas être inscrit.
L’école elle-même est le fruit des contributions des parents à travers des travaux, l’octroi du terrain pour la construction des salles de classe, l’achat des tables bancs. Et ce n’est pas tout il revient aux parents d’entretenir le maître ou la maîtresse. Les parents lui payent un salaire, parfois en nature comme il y a quelques années à Doumé au centre du pays. Ici le directeur de l’école publique locale avait un salaire de 5.000 F CFA par mois payé par les parents. La maîtresse recevait en guise de salaire du gibier qu’elle revendait sur le marché. Si l’enseignant n’est pas originaire du village, les parents doivent aussi le loger, surtout que même s’il est fonctionnaire, il peut passer des années avant d’avoir un salaire.
 Donner son sang A dire vrai les parents se saignent pour pouvoir donner à leurs enfants l’occasion d’aller à l’école. Que peut-on attendre d’une veuve qui doit vendre à peine 10 régimes de plantain à 10.000 F CFA, et qui achète un litre de pétrole à 600FCFA ? D’où lui viendra l’argent pour acheter les livres, souvent sans importance et qu’on change l’année suivante? Il faut le dire, le coût de la vie au village est tellement élevé qu’aucun parent ordinaire ne peut offrir à son enfant ce que les responsables de l’éducation prescrivent. Quant à la qualité des enseignements il n’est un secret pour personne qu’elle est mauvaise, très mauvaise même. On ne peut pas attendre du miracle des enfants qui n’ont pas d’électricité pour étudier, qui ne mangent que ce q’ils trouvent, qui n’ont pas tous les livres, qui doivent parfois faire des travaux champêtres aux heures indiquées pour étudier, qui n’ont accès ni à la radio, ni à la télévision, ni aux journaux, en d’autres termes qui ne se cultivent que dans les livres de classe quand ils en ont un.
Les enseignants quant à eux sont démotivés parce que mal payés, sans matériels didactiques, mal logés, déconsidérés dans leur milieu où ils vivent d’expédients. Certains sont sans formation au métier d’enseignant. Dans un tel contexte on peut dire que, même si officiellement l’école est gratuite, au bout de compte elle coûte cher, non seulement aux parents démunis mais aussi à ces enfants qui, mal formés ne peuvent véritablement compétir avec leurs compatriotes des familles aisées vivant en ville. Une étude sur la déperdition scolaire des enfants des villages, voire des ghettos de plus en plus nombreux dans des grandes villes, serait très révélatrice sur cette question.
COMMENT SE PREPARE LA RENTREE SCOLAIRE AU VILLAGE
La rentrée approche à grand pas. De part et d’autre, elle alimente les conversations. Mais dans nos villages, elle est loin d’être pour le temps fixé.
Qu’on le veuille ou pas, le train de la rentrée scolaire est sur les rails. Pour quelque raison que ce soit, il ne passera pas outre la date et l’heure de départ fixées il y a quelques mois. Dans divers établissements scolaires de la ville, le compte à rebours a commencé. Les réfections se font ça et là, pour accueillir chaleureusement les élèves. Les responsables administratifs quant à eux sont à leurs postes attendant les élèves qui viennent s’inscrire. Les parents ne sont pas en reste. Accompagnés de leurs enfants pour la plupart, ils envahissent la place du marché, magasins et librairies pour se procurer fournitures et vêtements. Le temps presse, il faut se dépêcher avant que les prix ne doublent.
 Dans nos campagnes, la situation est toute autre. On y respire encore l’air des vacances. Dans les villages périphériques d’Obala, province du centre, les enfants ne songent pas encore à reprendre le chemin de l’école. Aucune motivation ne transparaît dans leur attitude. Parmi eux, il y’en a qui ne sont pas au courant de la date de la rentrée scolaire. Ils sont encore préoccupés par les travaux champêtres, le commerce, la chasse. C’est de là que proviendra l’argent pour l’achat des cahiers. Du côté des écoles primaires publiques c’est le désert. Seuls les chants d’oiseaux se font entendre. Aucune trace d’élèves, ni d’instituteur ou d’un membre de l’administration. A quelques jours seulement de la rentrée, l’école n’a rien d’attrayant, ni d’accueillant.
Les murs des salles de classe sont crasseux et l’intérieur poussiéreux. Certains bancs abandonnés à l’extérieur servent de banc de repos aux passants tandis que les salles complètement ouvertes servent d’aire de jeu aux enfants du coin. Celles qui ont encore des portes et fenêtres sont fermées à double tour. Aucune réfection de l’établissement susceptible d’inciter les principaux acteurs à prendre conscience de l’imminence de la rentrée. L’école publique de Zouatoubsi, située à 6 km d’Obala fait l’exception. Sur le site, deux hommes s’activent à remplacer la charpente de deux salles de classe construites en matériaux provisoires, qui avait été emportée par une tornade pendant les vacances. Tout doit être prêt le jour j.
Un indice sort de l’ombre Au centre d’Obala, le décor est d’ores et déjà planté. En plein marché, il ne fait nul doute que la rentrée scolaire est là. Les librairies ambulantes n’ont pas attendu longtemps pour pousser comme des champignons. Elles sont présentes ça et là dans le marché, chargées de fournitures des classes de la maternelle au secondaire. " C’est ici que se ravitaillent les populations villageoises environnantes et même quelques écoles, car elles ne possèdent pas de bibliothèque " affirme un des libraires. Sous un soleil de plomb, ils attendent les clients potentiels qui malheureusement, ne sont pas tous au rendez-vous. “ Les parents qui viennent acheter des fournitures se comptent du bout des doigts. Nous n’avons pas encore reçu les commandes des écoles.
Par rapport à l’année passée, il y a vraiment un retard" disent-ils. Ils restent dans l’attente rassurés que même en retard, elles viendront. Pendant que nos commerçants se frottent les mains, les parents de Zouatoubsi comme de Nkol-Ondoa-Ngouna, se grattent la tête. La rentrée des enfants est le principal sujet de conversation des parents. Pendant la campagne cacaoyère, un paysan gagne à peine 50 000 FCFA. Le cacao est pour les paysans de la région la principale source de revenu sur laquelle reposent leurs projets et l’avenir de leurs nombreux enfants. Quand on pense que seuls les manuels de français, mathématique et anglais exigés au primaire, avoisinent 10 000 FCFA, ajoutés aux cahiers, APEE (3500 FCFA par élève) et autres, imaginez combien dépensera un paysan qui a 8 enfants à l’école primaire. En plus, les écoles du village comptent plus d’enseignants vacataires dont la charge de rémunération et d’équipement revient aux parents. Le paysan doit se donner corps et âme pour assurer l’éducation de base de sa progéniture. Pourtant, l’école primaire est dite gratuite au Cameroun.
Faites vous-mêmes les calculs Nous avons fait le tour des librairies. Sur la base des manuels au programme prescrits par le ministère de l’Education de base, nous avons obtenu les prix suivants (voir tableau ci-contre). Nous avons fait nos calculs en choisissant pour chaque matière un seul livre parmi ceux prescrits. Le parent dépense plus de 28.000 F CFA par enfant du CMII ou tout simlpement une moyenne de 25.000F CFA par enfant au cycle primaire, seulement pour l’achat des livres
Ne sont pas inclus : cahiers et autres stylos à bille, règles, crayon, craie, vêtements et chaussures, le transport (ou l’usure du fond de pantalon quand il va à pied), APEE (Association des parents d’élèves et des enseignants) et autres charges quotidiennes de nutrition. Combien dépensera M. Nana Abdoulaye du village Dingui qui a 8 enfants au primaire ? N’oubliez pas de prendre en compte la tournée de l’inspecteur ou du Délégué départemental, les dons en nature à la maîtresse ou au maître sans salaire ou mal payé, les cotisations pour les réfections ou l’ameublement des classes (bois, bambous, nattes de raphia, brique de terre. L’école est gratuite dans les textes mais pas dans la réalité au village Michelle Mbiendou
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