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» La voix du paysan
Actualité | 13 Oct 2008
Témoignages : Rentrée scolaire : le cauchemar des parents
 Les paysans redoutent la rentrée scolaire. Elle n’est pas la bienvenue. Le 8, c’est encore trop tôt. Parent comme enfant, personne n’est prêt. M. ONANA Roger, chef du village Zouatoubsi par Obala - Lékié / Province du Centre "Zouatoubsi a un problème d’instituteurs"
Comment le village de Zouatoubsi prépare-t-il la rentrée ? C’est vraiment très dur ici. Les parents sont pour la plupart des paysans. Tous comptent sur les récoltes pour envoyer les enfants à l’école. Encore que cette année les récoltes sont très mauvaises à cause des changements climatiques. Le temps qui nous sépare de la rentrée est vraiment très court pour que les parents puissent acheter quelques cahiers pour leurs enfants.
Les enfants sont-ils conscients qu’ils doivent bientôt retourner à l’école ? Nos enfants d’aujourd’hui ont le niveau très bas. Ils ne sont plus aussi conscients de leur avenir que par le passé. A notre époque on faisait le commerce ou les travaux champêtres pendant les vacances en gardant présent à l’esprit le jour de la rentrée. Malheureusement, c’est plus le cas de nos jours. C’est toujours le parent qui oblige l’enfant à aller par exemple à l’école voir si les inscriptions ont commencé, prendre la liste des fournitures etc
Parlant des inscriptions, ont-elles déjà débutés ? Non, pas encore. Nous attendons le directeur qui n’est pas sur place. Il sera sans doute là avant le 8. Mais les anciens élèves ont déjà leurs places réservées. Les inscriptions concernent beaucoup plus les nouveaux.
Quelles sont les difficultés auxquels l’école fait face en ce moment ? La principale difficulté est celle des instituteurs. L’école n’en compte que deux. Le reste c’est des vacataires qu’il faut payer et équiper. Nous manquons de bibliothèque. Un autre problème est celui de l’effectif. Il est en baisse depuis l’année passée à cause des problèmes de mauvaise gérance des fonds par l’ex-directeur. Il y aussi le problème de salle de classe et de bancs qui se pose. Nous avons deux classes en matériau définitif qui sont des dons de l’État. Le reste est en matériau provisoire. Pendant les vacances la tornade a emporté la charpente de deux d’entre elles. Ce sont là quelques-uns des problèmes majeurs que nous avons.
Comment faites-vous pour pallier ces problèmes ? C’est avec les frais des APE que l’école essaie de payer les enseignants vacataires et d’assurer leur équipement. Il y a trois ans l’État nous a fait don des livres mais le changement régulier de programme est un handicap. Pour le problème d’effectif, je sensibilise les parents actuellement et j’essaie de les persuader à revenir inscrire les enfants pour que l’école regagne son effectif passé. En ce qui concerne la charpente, le maire de la commune nous a promis 100 tôles. Le président des APE de l’école fait tout son possible pour que tout soit prêt d’ici le 8 septembre.
Bamyanga / Adamaoua Abdoulaye Nana : " Les parents sont plumés pour faire fonctionner l’école "
" La vie chère nous a appauvri au village; ce qui a créé une rareté d’argent au sein de la population. Je suis parent de huit enfants, tous élèves à l’école primaire de Bamyanga. Cette année, je ne suis pas sûr que les enfants iront tous à l’école. Je serai obligé d’aller demander au chef d’établissement de m’accorder un moratoire pour payer les frais exigibles. Car je ne fais presque rien. Je ne compte que sur le maïs que j’ai cultivé cette année et c’est encore frais. Je vendrai la récolte au mois de novembre. Hormis cela, je me trouverai dans l’obligation de le brader sur pied avant la maturité; ou même solliciter des prêts auprès des amis ou des tontines. Nous avons tous dansé le jour où le gouvernement avait annoncé la gratuité de l’école primaire au Cameroun. C’était plutôt une autre manière de remettre le fonctionnement de ces écoles aux parents.
Ceci s’explique par l’obligation du payement des frais de l’Apee. Auparavant, les frais d’Apee se payaient par parent et non par enfant comme tel est le cas aujourd’hui. D’ailleurs c’est devenu des frais obligatoires. Pour moi c’est très dur de payer ces frais et acheter les fournitures scolaires. Ce qu’on avait désigné pour accompagner ce décret du Chef de l’Etat sur la gratuité de l’école primaire, et que nous nommons paquet minimum, est comme un leurre. Souvent, ça arrive en milieu du deuxième trimestre et quand il est là, sa qualité est déplorable. En attendant son arrivée, les parents sont plumés pour faire fonctionner l’école. Comment se fait-il qu’on remette à un enseignant une boîte de craie pour toute une année scolaire ?”
 Mme ONGUENE Martine, parent d’élève - Lékié "Je n’ai pas d’argent pour acheter les fournitures à mes enfants" Comment préparez-vous la rentrée scolaire ? La situation est très grave cette année. Je n’ai même pas encore acheté un Bic pour mes enfants. J’en ai 11 à ma charge, 2 à l’école primaire; le reste au CES. C’est mon plus grand souci. Leur scolarité me coûte plus cher que ce que nous donne les récoltes. Jusqu’à présent personne d’eux n’est inscrit. Je ne travaille pas. Si ce n’est le bon Dieu, je ne crois pas que mes enfants seront prêts le 8 septembre.
Comment faites-vous pour vous en sortir ? L’année passée, c’est grâce à nos récoltes que nous avons acheté les fournitures mais bien après la rentrée. Cette année c’est plus dur parce que la production est mauvaise. Je compte sur le peu que j’aurais. C’est ma seule source de revenus. L’éducation des enfants est vraiment compliquée ici au village, surtout quand on en a plusieurs.
Jouissez-vous de la gratuité de l’école primaire ? Pas vraiment. Les livres, les cahiers coûtent cher. Il y’a en plus les frais d’APEE que je paie lors de l’inscription. Le problème est qu’ils varient selon les besoins de l’école. L’année passée, ils s’élevaient à 3500 par élève. Je ne sais combien on paiera cette année.
 Mme EYEBE, institutrice titulaire - Lékié "Le manque de bibliothèque est le problème crucial des écoles de brousse"
Vous êtes institutrice à l’école publique de Nkol-Ondoa-Ngouna. Quelle est l’ambiance dans votre établissement en cette période de rentrée scolaire ? Rien n’est parti pour le moment. La rentrée des enseignants est le plus souvent le 1er septembre. Les inscriptions même n’ont pas encore débuté. Tous nous attendons la directrice pour nous donner le programme. Elle n’est pas encore en place puisqu’elle ne vit pas ici au village.
Pensez vous qu’à cette allure, vous prendrez le train en marche le 8 septembre ? Les enseignants sont prêts mais les élèves non. Ce ne sera pas possible de commencer directement les cours puisque les enfants qui ont leurs fournitures le premier jour sont rares. Les parents n’ont pas d’argent. La production n’a pas été bonne cette année. Ils ont l’habitude de venir inscrire leur progéniture le jour même de la rentrée. Avant cette date, il est difficile de les voir. Nous sommes obligés d’attendre un peu, le temps pour eux d’avoir de l’argent. Donc le 8 septmbre comme les années précédentes, nous procéderons d’abord à l’assainissement de l’école avec le peu d’enfants présents.
Quelle est la plus grosse difficulté que vous rencontrez ? Le matériel didactique est le problème crucial. Nous manquons de bibliothèque. Le pire est que la majorité des enfants n’ont même pas de livre de lecture et souvent ni stylo à bille, ni craie. Il est vrai que nous recevons parfois des dons mais ça ne résoud pas le problème puisque les livres changent presque chaque année. C’est vraiment très difficile pour nous d’enseigner dans ces conditions.
Comment surmontez-vous ces difficultés ? Nous sommes contraints de copier toute la leçon au tableau. On fait avec ce qu’on a sous la main mais quand l’enfant n’a pas de craie je suis obligée de le mettre dehors pour inciter son parent à lui en acheter. Pour les livres, nous avons heureusement une directrice dynamique et compréhensive. Elle nous aide en allant en ville chaque rentrée changer des livres s’ils ne sont plus au programme. Elle fait de même avec les parents pour qu’ils dépensent moins. Pour alléger leurs charges, elle exige juste les livres de lecture, d’anglais et de mathématique au lieu de toute la liste qui compte au moins 20 livres. Elle est consciente de leur pauvreté et du mal qu’ils se donnent pour envoyer leurs enfants à l’école, payer les frais d’APEE, etc.
Parlant de l’APEE, comment l’école utilise-t-elle cet argent ? Cet argent ne va pas dans les poches de l’administration. L’école ne possède pas assez de classes et de bancs par rapport au nombre d’élèves que nous avons. L’APEE nous permet donc d’aménager l’établissement à notre niveau, de payer les enseignants vacataires et d’assurer l’équipement du corps enseignant : craie, stylo à bille, cahiers etc En tant que parent d’élèves, comment préparez-vous la rentrée scolaire ? Ce n’est pas facile. J’ai beaucoup d’enfants qui fréquentent en ville et un seul au primaire. Pour lui je n’ai pas beaucoup de difficultés. Ses fournitures sont déjà prêtes. Le plus dur ce sont mes enfants qui sont au secondaire. Avec mon mari on se bat pour qu’ils commencent l’école à temps.
 - Extrême-Nord Paul VADIGUIMOU, du village Dingui "Le plus gros, ce sont les livres, tenues scolaires et les frais d’APEE " Cà va être très dur cette année ci, non seulement la rentrée pointe à l’horizon mais aussi le jeûne du ramadan. Car la plupart de ceux qui me donnent le coup de main pour faire face à la rentrée scolaire sont des amis musulmans. Non seulement eux aussi préparent la rentrée scolaire, mais il y a le ramadan, et pour eux, les habitudes alimentaires changent. D’après vous peut-on dire que l’école est gratuite ? Peut-être que ceux qui le disent n’ont pas d’enfants. On ne peut pas dire que l’école primaire est gratuite dans notre pays. Depuis 12 ans que je vis ici, j’ai toujours payé l’Apee, les livres et les cahiers. Si vous ne payez pas à temps, le directeur de l’école va renvoyer votre enfant ou encore l’enfant n’aura son bulletin scolaire que lorsque vous aurez fini de tout payer. Pour que l’école soit gratuite, il faudrait que l’Etat construise les écoles, les équipe et y affecte les enseignants en nombre suffisant. Cela nous épargnerai déjà des frais d’Apee.
Ecoles privées - Les mensonges publicitaires
L’école camerounaise est devenue un vrai business. La publicité pour y attirer les inscriptions l’atteste. Mais que de mensonges !
A la veille de la rentrée scolaire il vous est impossible de ne pas vous sentir agresser par les nombreux messages que vous envoient les établissements scolaires, maternels, primaires, secondaires et supérieurs. Les média, toutes tendances confondues, sont mis à contribution. Sans compter les affiches, les prospectus, les murs et autre tableau noir qui portent tous des messages non moins flatteurs. Les fondateurs de ces structures d’éducation et de formation savent que chacun voudrait voir son enfant réussir. On vous le promet, d’abord à travers les noms qu’on donne à ces établissements. Ils sont bien choisis pour vous séduire : temple du succès par exemple…De quoi vous faire rêver et voir, dans votre imagination, votre enfant titulaire de tel ou tel diplôme ou tout simplement bien formé.
Ensuite les résultats des examens. Ceux-ci sont affichés à des endroits bien visibles et vous donnent des pourcentages inimaginables. Ils sont publiés juste au lendemain de leur proclamation officielle. On reprendra l’exercice à la rentrée au cas où vous aurez oublié. Au cycle primaire on vous donne essentiellement le pourcentage des élèves admis en classe de sixième. Normal, ils savent que vous voulez que votre enfant aille au secondaire. Ici on est toujours au-dessus de 75, voire 90 %. Seulement on ne vous dit pas que ce sont 90 % de 3 candidats présentés et non de l’ensemble des 40 enfants inscrits dans la classe du CMII.
Au secondaire et au supérieur, même scénario avec des résultats pompeux. Tous les examens connaissent chaque année des succès incomparables. Même les établissements confessionnels, officiellement classés premiers, sur la base des statistiques fiables, ont des résultats moins bons que ceux des écoles privées laïques. A se demander d’où leur vient la force de mentir sans être inquiétés. Les distributions des prix, et autres remise de bourses, par le fondateur, un soi-disant bienfaiteur soigneusement choisi et qui acceptent de jouer le jeu, sont l’occasion de faire de la publicité pour ces établissements. Ne vous y méprenez pas, leurs actes ne sont pas altruistes. Le bon samaritain ne se trouve pas de ce côté-là.
Le label du Blanc Ces dernières années, la nouvelle trouvaille consiste à faire croire aux parents que l’établissement a des relations de partenariat avec d’autres structures hors du continent noir. Non contents de le signifier dans les messages qui défilent sur les écrans de télévision, on organise des rencontres au cours desquelles des Européens et autres Américains sont placés en bonne place pour être vus et ainsi convaincre les sceptiques. Que voulez-vous, nous avons encore le complexe de colonisé qui veut que le Blanc soit forcément supérieur au Nègre. Suivez bien les reportages dans une chaîne de télévision, le réalisateur vous offre, certainement sur instruction du fondateur et sur la base d’un contrat payant, des images où soigneusement l’étranger est mis en exergue.
Pour ce qui est des enseignants on vous apprendra qu’ils sont compétents, parce que venant des lycées, voire des universités. Tout comme on vous dira que le programme de telle ou telle institution est calqué sur celui d’une autre institution en France ou au Canada, avec promesse d’y aller poursuivre vos études. Une chose est sûre, les promesses faites par la plupart de ces institutions sont des mensonges. le premier souci étant d’avoir le maximum d’élèves, synonyme de grosses sommes d’argent à payer pour la scolarité. C’EST DU MERCANTILISME PUR. La preuve, des maisons d’habitation, des auberges, des bars se sont transformés du jour au lendemain en une école. Comme quoi l’éducation c’est l’argent.
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